Sixième dimanche de Pâques



En lisant cet évangile de Jean, j’ai comme l’impression d’être face à un vieux disque un peu griffé… comme avec ces 33 tours que j’écoutais encore lorsqu’ils étaient abîmés et rayés. La musique revenait soudainement sur la même parole, sur la même mesure… Vous en doutez peut-être mais, j’ai écouté des disques vinyls dans ma lointaine jeunesse.

Dans ce court passage que nous avons entendu, le mot amour revient 7 fois. Et même les phrases semblent se répéter ! C’est comme si le disque de l’évangile était griffé.
« Si vous m’aimez », nous dit Jésus, «alors vous garderez mes commandements. »
Et quelques versets plus loin, Saint Jean inverse la phrase : « Si vous gardez mes commandements » nous dit Jésus « alors vous m’aimerez » ! Avouez que ce texte, par sa répétition, a quelque chose d’un peu lassant… Certes, l’amour amène l’amour et il se multiplie quand il se donne. Mais ce discours n’est-il pas connu trop connu ? Ne lui manque-t-il pas quelque chose d’autre pour qu’il soit parlant, signifiant, pour qu’il s’élève, nous élève ?

« D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus » nous dit Jésus. « Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur ».

Face à l’imminence de la séparation, c’est comme si Jésus allait directement à l’essentiel. Et il nous promet ce qui peut justement nous faire sortir de la répétition, du connu trop connu. Ce don, c’est celui de l’Esprit, le défenseur, le créateur, le consolateur. En nous donnant ce Défenseur, il vient mettre du souffle dans nos paroles, sans en avoir l’air. Je ne vous surprendrai pas si je vous dis que nous avons parfois tendance à « éteindre l’esprit » plutôt qu’à lui rendre témoignage. Par nos mutismes, nous l’éteignons, car ce n’est pas lui qui parle, mais il lui qui nous fait parler. Toutefois, il se rend présent lorsque notre parole ou nos gestes redeviennent ajustés, lorsque l’espérance revient là où tout semble désespéré. C’est lui amène de la joie, là où tout semble paralysé. Voilà bien le cœur de cet espérance qui est en nous.

Et la lettre de Pierre que nous avons entendue nous invite à témoigner de cette espérance-là d’une manière particulière: « Soyez toujours prêts », nous dit la seconde lecture, « à rendre compte de votre espérance devant ceux qui vous en demandent compte, avec douceur, et gardant une conscience droite !

Pour témoigner de cette espérance indicible qui est en nous, voilà deux petites clés. Elles sont toutes simples, et pourtant, nous ne les utilisons pas toujours ensemble. Je vous invite simplement à les garder toujours… à l’Esprit ! Il s’agit de la douceur et de la droiture !

La première clé pour se rendre capable de témoigner de l’Esprit est la douceur. La douceur n’a pas bonne presse de nos jours. Dans le langage courant les ‘doux’ sont un peu mou ! Un peu Chavroux et sans goût ! Au contraire, la douceur est cette faculté d’ouverture. C’est elle qui nous donne d’écouter sans juger ce qu’un proche a des difficultés à partager.
La douceur est cette plasticité humaine qui assouplit la raideur des principes, la froideur des arguments. La douceur, c’est fondamentalement cette tendresse, cette non-violence qui désarme sans maîtriser ! Finalement, la douceur est cette capacité d’adaptation aux circonstances, c’est cette faculté de ne jamais être cassant lorsque l’imprévu survient.
Elle est comme cette huile qui vient assouplir ce qui est raide et qui s’accommode de nos chemins tortueux. Elle amène souplesse et changement.

Mais nous le savons, dans nos relations, la douceur ne suffit pas toujours. Et il est des moments où cette douceur semble vaine. Il faut alors la seconde clé de la droiture, qui met de la permanence dans l’impermanence de nos sentiments et nos réactions. La droiture nous rappelle qu’il faut parfois une certaine fermeté pour que la douceur passe, qu’il y a des sentiers tortueux qu’il faut rendre droits, qu’il y a ces personnes courbées qui ont besoin d’un tuteur pour se relever…
La droiture est ce qui amène la justice dans la justesse de la relation.
Elle est cette conviction intérieure, mais qui n’a pas pour but de vaincre.

Si vous retirez la droiture de la douceur, il se peut que votre gentillesse ne soit pas juste et vraie. Mais si vous enlevez la douceur à la droiture, il se peut que votre justice ne soit pas ajustée à l’autre tel qu’il est ! Car la douceur est ce qui nous permet de nous adapter à l’autre, alors que la droiture est ce qui nous permet de rester nous-mêmes, quelles que soient les personnes sur notre chemin. La droiture nous donne constance et fidélité.

Voilà pourquoi, dans notre langage d’amour parfois rayé, griffé, nous sommes conviés à conjuguer sans cesse ces deux dimensions : douceur et droiture. C’est cela qui nous rend disposés à accueillir davantage l’Esprit. Cet Esprit de Vérité qui « assouplit ce qui est raide, et qui rends droit ce qui est faussé. » Amen.

 

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