Troisième dimanche de Pâques

Philippe Cochinaux


Les disciples en route vers Emmaüs ont quitté la ville sainte. Sont-ils deux hommes, Cléopas et un autre disciple ou est-ce plutôt un couple : Cléopas et son épouse ?  Cette deuxième hypothèse, même si elle n’est pas la plus présente dans la littérature exégétique, dirait que le Christ ressuscité est apparu à un homme et une femme, c’est-à-dire à l’ensemble de la Création.  Le Fils de Dieu, après sa résurrection s’adresse donc ainsi à chacune et chacun de nous. Et en ce temps de confinement, nous sommes d’ailleurs un peu comme ces disciples d’Emmaüs.  Ils ne comprennent pas ce qu'il leur est arrivé. Il y a chez eux de l'incrédulité, de la tristesse, de l'aveuglement. Ils sont aussi bouleversés, reconnaissent-ils. Ils sont là, marchant sur la route de leur vie avec tant de questions restées sans réponse. Un peu comme les nôtres aujourd’hui : pourquoi une telle pandémie ?  Où est Dieu en ce moment ?  De quelle manière, vit-il ce qui nous arrive ? 

Pour tenter de répondre à ces questions, retournons au récit évangélique de ce jour.  Les disciples s'en retournent d'où il venait. Comme si ces moments passés avec Jésus n'avaient été qu'une boucle, une parenthèse dans leur vie. D'une certaine manière, ils ont vécu le chemin de l'odyssée et reviennent à leur point de départ. Et c'est à ce moment précis que le Christ se manifeste. Il ne veut pas que nos vies soient des odyssées mais plutôt un exode permanent vers une terre de promesses dont nous sommes les artisans. Pour ce faire, il vient marcher à nos côtés. Tout comme les disciples d'Emmaüs, il nous prend tels que nous sommes, là où nous en sommes sur notre chemin de vie. Il accepte nos interrogations, nos incompréhensions face à ce que nous sommes en train de vivre. Il ne craint pas nos colères mais les accueille car elles font pleinement partie de ce que nous sommes occupés à traverser. Comment pourrait-il en être autrement d'ailleurs ? Lorsque nous sommes touchés par la douleur de la séparation, par la maladie qui vient s'inscrire dans notre histoire alors que nous n'avions rien demandé, nous nous sentons souvent bien seuls au plus profond de notre solitude. Et peut-être pire encore en ce moment où nous devons nous isoler les uns des autres pour nous protéger de ce virus malveillant.  Il y a tant d'interrogations qui restent sans réponse. L'injustice nous frappe et cela nous semble tellement insensé. Oui, tout cela est injuste et dire que ce serait pire encore si c'était juste parce que cela voudrait dire que ce serait mérité. Ce serait une juste punition pour la vie vécue. Espérons que de telles idées soient loin de nous. Et pourtant, au fond de nous, nous pouvons vivre avec ce sentiment que le voile de notre temple intérieur s'est déchiré. Il y fait mal et les larmes existent pour nous permettre de retrouver une certaine paix intérieure. Ne craignons pas nos émotions. Acceptons-les, vivons-les parce que c'est à ce moment très précis que le Christ vient nous prendre par la main. Dieu est à nos côtés et entend nos interrogations. Il porte toute notre fragilité sur ses épaules tout en marchant avec nous. Il nous invite à venir déposer en lui, dans le champ de notre méditation intérieure, tout ce qui nous dépasse afin de nous permettre d'entrer plus profondément encore dans le mystère de la Vie. Tournons-nous vers lui et surtout ne craignons pas de lui partager tout ce qui nous habite. Il accepte nos émotions quelles qu'elles soient : colère, tristesse, amertume, incompréhension. Dieu prend tout avec lui et cherche à nous alléger en choisissant de marcher à nos côtés. Toutefois, il n'est pas qu'au-dedans de nous sur la route de la Vie mais également autour de nous. Comment ?  Cherchons Dieu également en toutes ces personnes qui nous entourent et nous soutiennent.  C’est ce que Hetty Hillesum avait compris lorsqu’elle a écrit sa prière du dimanche matin, le 11 juillet 1942.  « Une chose cependant m’apparaît de plus en plus claire: ce n’est pas toi qui peut nous aider, mais nous qui pouvons t’aider – et ce faisant nous nous aidons nous-mêmes. C’est tout ce qu’il nous est possible de sauver en cette époque et c’est aussi la seule chose qui compte: un peu de toi en nous, mon Dieu. Peut-être pourrons-nous aussi contribuer à te mettre au jour dans les cœurs martyrisés des autres. Oui, mon Dieu, tu sembles assez peu capable de modifier une situation finalement indissociable de cette vie. Je ne t’en demande pas compte, c’est à toi au contraire de nous appeler à rendre des comptes, un jour.  Il m’apparaît de plus en plus clairement à chaque pulsation de mon cœur que tu ne peux pas nous aider, mais que c’est à nous de t’aider et de défendre jusqu’au bout la demeure qui t’abrite en nous ». (…)  Cette conversation avec toi, mon Dieu, commence à me redonner un peu de calme ». Que cette confiance et cette espérance nous permettent de percevoir, à notre tour, la présence de Dieu au cœur même de notre humanité.

Amen

 

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